Excite

Chypre : deux banques sacrifiées sur l'autel des négociations

  • Getty Images

Chypre est sur la sellette. Après que son parlement ait refusé de taxer les comptes épargnes de ses habitants afin d'accéder à un plan de sauvetage échafaudé par l'Eurozone, la BCE et le FMI, ces derniers ont augmenté d'un cran la pression en menaçant de cesser l'alimenter en liquidité les banques chypriotes. Pressée d'éviter la banqueroute et une éjection de la zone euro, l'île est revenu sur le terrain des négociations armé d'un plan qui a su convaincre ses bailleurs : Chypre sacrifiera deux banques.

Les gros dépôts supérieurs à 100 000 euros des Bank of Cyprus et Laiki Bank, respectivement première et deuxième banques du pays, y seront frappés durement. "Les dépôts non-sécurisés de plus de 100 000 euros seront gelés et participeront à la recapitalisation nécessaire" explique Wolfgang Schäuble, ministre fédéral des Finances en Allemagne.

Ces sommes seront transférées dans une "bad bank" (mauvaise banque) tandis que les dépôts de moins de 100 000 euros seront préservés et redéposés dans une "good bank" (bonne banque).

La manoeuvre devrait permettre à l'Etat chypriote de récupérer 4,2 milliards d'euros.

Si Laiki Bank devrait à la suite de cette opération être définivement démantelée, la Bank of Cyprus sera quant à elle maintenue en vie. Mais les comptes supérieurs à 100 000 euros y subiront de belles saignées, encore non chiffrées (on parle pourtant déjà de pertes pouvant aller jusqu'à 40%). Ils seront gelés pour subir ensuite une ponction "de participation".

En d'autres mots, tout détenteur de dépôt non-assuré, d'obligations et d'actions supérieurs à 100 000 euros dans ces deux banques chypriotes ont du souci à se faire. La mesure visant à récupérer 5,8 milliards d'euros en taxant de 6,75% à 9,9% tous les comptes épargne du pays s'est transformée en une manoeuvre plus contenue mais aussi nettement plus radicale.

Ce plan B a été accepté dans la nuit de dimanche à lundi 25 mars par le trio BCE, UE et FMI et Chypre peut donc désormais accéder à l'aide de 10 milliards d'euros, un prêt qui représente environ 100% de son PIB d'ici 2020.

Mais la crainte est de voir s'écrouler le secteur bancaire, principale ressource du pays. La mesure devra donc s'accompagner d'une limitation du mouvement des capitaux pour éviter la fuite tous azimuts des épargnants. D'autres engagements ont été pris par Chypre pour finir de convaincre les bailleurs internationaux. L'un de ceux-ci concerne le prêt russe de 2,5 milliards qui expire en 2016 et qui doit faire l'objet d'une nouvelle négociation afin d'être étendu.

Les représentants de la zone euro sont satisfaits, Christine Lagarde, présidente de la FMI assure qu'il s'agit là "d'un plan complet et crédible pour traiter les défis économiques auxquels est confronté le pays" […] "à travers une stratégie claire qui assure la soutenabilité de la dette et ne présente pas un fardeau excessif pour le contribuable chypriote"

Le socialiste Pierre Moscovici, ministre des finances français, ajoute que cet accord "met fin aux incertitudes concernant Chypre et la zone euro".

Aucun pays avant Chypre n'avait rejeté un plan dessiné par Bruxelles. C'est ce que son parlement a pourtant fait la semaine dernière. L'accord d'aujourd'hui a reçu la bonification nécessaire pour épargner les petits épargnants selon les représentant de l'île. Mais nul n'ose cacher que pour Chypre s'ouvre une période de vache maigre.

France - Excite Network Copyright ©1995 - 2018