Excite

Univers impitoyable de la mondialisation : H&M délocalise en Éthiopie

  • Getty Images

H&M est en passe de délocaliser ses usines en Éthiopie qui propose des conditions de production très alléchantes pour les multinationales : une main-d’œuvre pas chère, des exonérations fiscales et une électricité gratuite. Tout ce que la Chine ne peut désormais plus offrir. Règles de la mondialisation obligent, les fournisseurs n'hésitent pas à changer de crémerie pour le plus offrant. Tous en Éthiopie !

La Chine n'a plus la côte : les salaires du secteur privé ne cessent d'augmenter (+17,1 % en 2012, +18,3 % en 2011), le coût salarial n'est plus que 30 % inférieur à celui des États-Unis et désormais supérieur à celui de la Turquie ou à celui du Mexique -qui abreuve le marché américain-. Le salaire minimum des travailleurs chinois a été augmenté afin de favoriser la consommation intérieure. La Chine n'est décidément plus le pain béni qu'elle était.

L'Inde, l'Indonésie, le Vietnam, le Bangladesh ont pris de fait le relais dans cette course au plus offrant, mais l'effondrement de l'immeuble qui abritait une activité textile à Savar au Bangladesh faisant plus 1200 personnes a jeté un voile noir sur la réputation des marques qui s'y approvisionnaient.

"Les multinationales ne peuvent plus prendre de risque après ce drame", souligne Pierre Jacquemot, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). "On peut donc imaginer que le groupe H&M sera vigilant sur les conditions de travail des ouvriers en Éthiopie et l'impact des usines sur l'environnement ".

Pourquoi l'Éthiopie ? D'abord car le pays de la Corne de l'Afrique bénéficie d'une longue tradition dans le textile, la chaussure et le cuir depuis l'invasion italienne en 1935.

Surtout, car les salaires éthiopiens sont de quatre à cinq fois moins élevés qu'en Chine.

"H&M et les autres grands groupes spécialisés dans l'habillement, les 'donneurs d'ordre', cherchent des pays dans lesquels les ouvriers des usines de textile ont à la fois de bas salaires et possèdent un savoir-faire" confirme Nathalie Gennérat, experte au sein de l'Observatoire économique de l'Institut de la mode.

L'Éthiopie est pauvre mais bénéficie d'"un réservoir de main-d'œuvre, jeune, éduquée, avec un potentiel de croissance important", et jouit aussi "d'une stabilité politique très importante pour les investisseurs" selon Laurence Daziano, professeur d'économie et spécialiste des pays émergents.

Et ce sont les chinois eux-même qui ont préparé la voie : "Les Chinois ont construit en Éthiopie des zones d'implantation pour multinationales qui font du pays une destination très recherchée par les investisseurs" explique Pierre Jacquemot.

Le fabricant de chaussure chinois Huajian (fournisseur des marques Guess et Tommy Hilfiger) s'est implanté à Dukem, à 30 km au sud de la capitale Addis-Abeba, dans une zone industrielle en plein essor, qui bénéficie comme toutes les entreprises sur cette zone de quatre ans d'exonérations fiscales et d'électricité gratuite, en accord avec le "plan de croissance" décidé par les autorités éthiopiennes.

Huajian Group assurait que la nouvelle zone de la capitale emploierait jusqu'à 100.000 travailleurs nourris et logés. La construction d'écoles était également prévue.

Le géant suédois affirme de son côté avoir "fait une analyse des risques pour l'Éthiopie, en [se] penchant sur la question des droits de l'homme".

D'autres enseignes ont encore choisi l'Éthiopie comme le britannique Tesco.

Le Made in Ethiopia est lancé !

France - Excite Network Copyright ©1995 - 2018